An Noz Glaz #2 : l’appel de la nuit du 14 novembre
À l'ombre des nuits sombres, s'approchant d'un hiver, il semble nécessaire de se tisser un filet de lumière.
Alors, afin de protéger ces cordages ardents, les minahouets se mettent à l'œuvre. Ils incisent dans le noir pour percer les cuirs et toucher les cœurs.
Grâce à des bulles musicalement dessinées, une chaude clarté reparaît. Et chacun se voit repeindre le bout de son nez rougi par le froid.
Car ces soirs-là, on se tient chaud, les uns les autres. On se tient chaud par la peau « et si… »
Et si les pinceaux affûtés crèvent l'écran des peaux-cibles, se reflétant tout de go au sein des âmes sensibles…
D'aucuns y reconnaîtront, qui sait, du sens, leur sens. Caché, perdu, un dessin le dévoile à présent sur la toile. Il vient, sous son encre, y re-figurer l'enfoui.
Alors on se surprend à parler de cela avec son voisin de fauteuil, qui en retour ajoutera un commentaire sur ce qu'il a aimé, pouce levé, dans ce monde bien réel. L'écran interposé entre nous sert ainsi de support de rêverie. Un moment suspendu qu'on aimerait prolonger… Alors on invite le voisin de fauteuil à nous suivre. Il dira qu'il veut prendre un jus de gingembre, qu'il n'en a jamais goûté de meilleur. Il dira qu'on peut aussi le faire avec un jus d'ananas frais, que ça s'appelle le gnamakoudji, que c'est une recette d'Afrique de l'Ouest. Il lui donnera le nom de ce kiné parfait qui lui a transmis son souvenir du Mali. Le voisin de fauteuil n'est déjà plus que le voisin de fauteuil : il nous abreuve et nous nourrit. Il nous fait rire, et ce rire se propage, alors les autres voisins de fauteuil se joignent à nous parce qu'eux aussi aimeraient se bidonner, se tendre les zygomatiques jusqu'à en pleurer… Et voilà que tout le monde est écroulé, le monde écroulé des minachouettes.
Et si chacun est un instant l'être collé à l'autre, comme l'eau dans l'eux de « tous en chœur »…
Et si ces âmes peintes se trouvent à présent semi-amies, c'est peut-être aussi que la magie a opéré sous des fils fraîchement suturés par ces trois lettres que sont les ABC.
L'appel de la nuit du 14 novembre insufflera quelques flocons d'inspiration sur l'Artimon…
Morgane Thomas

